Organiser une veillée de transmission des chants et récits locaux est, pour moi, l'une des manières les plus vivantes de relier les générations. J'en ai co-organisé plusieurs en Bourgogne : dans une salle communale chauffée par des poêles anciens, sur le parvis d'une église après la messe, et même dans une classe transformée pour l'occasion. Chaque fois, j'ai vu des étincelles : des enfants étonnés, des seniors qui retrouvent leur voix, des échanges qui continuent bien après la soirée. Voici comment je procède, étape par étape, pour impliquer efficacement écoles et seniors.

Définir l'objectif et le format

Avant toute chose, je précise l'objectif : s'agit-il de collecter des chants pour une archive, de créer un moment intergénérationnel, ou de préparer une restitution publique ? Le format en découle naturellement. Pour impliquer des écoles et des seniors, je privilégie un format participatif et court (2 à 3 heures) qui alterne écoutes, ateliers pratiques et moments partagés autour d'un goûter ou d'un repas convivial.

Faire le lien avec les écoles et les structures seniors

Je contacte d'abord les directeurs d'école, les enseignants d'arts ou d'histoire, et les responsables des accueils de jour ou des maisons de retraite. J'explique clairement l'intérêt pédagogique : développer l'oralité, travailler la mémoire, aborder l'histoire locale. Pour les établissements scolaires, je propose des séances préparatoires en classe (1 à 2 séances) pour présenter le projet et travailler quelques airs ou récits simples.

  • Proposition de calendrier avec dates alternatives.
  • Offre d'un atelier préparatoire en classe (rythme, paroles simples).
  • Transport : je propose d'aider à coordonner le transport des seniors si nécessaire.

Quand je contacte les structures pour seniors, j'insiste sur le respect, la bienveillance et le choix de participants volontaires. J'aime rencontrer les intervenants sociaux au préalable pour connaître les besoins (accessibilité, autonomie, port de dispositifs médicaux).

Choisir le lieu et l'ambiance

Le lieu fait beaucoup : une salle communale, la bibliothèque, la cour d'école ou une petite chapelle créent des ambiances différentes. Je privilégie un espace accessible (rampe d'accès, toilettes adaptées) et confortable. Pour l'ambiance, je joue sur l'éclairage doux, des chaises en cercle pour favoriser le regard et la proximité, et une petite estrade si des intervenants veulent se présenter.

Matériel utile que j'emmène souvent :

  • Un ampli léger et un micro sans fil (ex. Rode Wireless GO) si le public est nombreux.
  • Un enregistreur numérique (ex. Zoom H4n ou Tascam) pour sauvegarder chants et témoignages.
  • Des chaises pliantes, couvertures et coussins pour le confort.
  • Une petite lumière d'appoint et une sono portable si besoin.

Construire le programme de la veillée

Ma structure type pour 2 heures :

Temps Activité
15 min Accueil, présentation des objectifs et règles (respect, tour de parole)
20 min Intervention d'un senior ou d'un conteur local (récit court / chanson)
30 min Atelier mixte : apprentissage d'un chant simple avec les enfants et les seniors
20 min Temps d'écoute : seniors témoignent, enfants posent des questions
20 min Restitution collective / improvisation / chant en chœur
15 min Goûter partagé et échanges informels

Sélectionner le répertoire et préparer les intervenants

Je choisis toujours quelques chants courts et des récits locaux faciles à retenir. Pour les écoles, j'opte pour des refrains répétitifs et des jeux de call-and-response. Pour les seniors, je laisse la priorité au choix des chansons ou histoires qui leur tiennent à cœur. Avant la veillée, j’organise une séance de préparation avec eux pour enregistrer une version de référence et noter les paroles — cela aide les enfants et préserve les contenus.

Conseil pratique : préparez des feuilles avec les paroles en gros caractères et, si possible, une transcription phonétique si l'expression locale est particulière.

Assurer l'inclusion et le confort de tous

L'accessibilité est essentielle. Je veille à :

  • Prévoir des sièges confortables et un endroit pour poser une canne ou un fauteuil roulant.
  • Organiser des pauses si la séance est longue, et proposer un coin calme pour ceux qui ont besoin de se retirer.
  • Utiliser un micro pour les témoins peu audibles et ralentir le rythme lorsqu'on apprend un chant.

Pour les enfants, je demande aux enseignants de préparer un petit livret simple (paroles, dessin) qu'ils pourront rapporter chez eux, ce qui prolonge l'expérience.

Enregistrer, documenter et valoriser

Je pense toujours à la trace : enregistrement audio, quelques photos (avec autorisation), et des notes. Ces matériaux servent ensuite à :

  • Créer une fiche pour les archives locales.
  • Publier un article sur Archeodrome Bourgogne (avec extraits sonores si les autorisations le permettent).
  • Montrer aux collectivités l'impact social et pédagogique du projet pour obtenir des soutiens futurs.

Astuce technique : un enregistreur Zoom H4n ou H5, placé au centre, capte bien une ronde de chanteurs. Pour la diffusion en ligne, un mixage léger et la validation écrite des personnes enregistrées sont indispensables.

Communication et mobilisation du public

Pour remplir la salle, j'utilise plusieurs leviers : affichage dans la commune, contact direct avec les écoles, relais via les associations de seniors, et une publication sur les réseaux locaux (page Facebook de la commune, groupe “Voisins de…”, et bien sûr une annonce sur Archeodrome Bourgogne). J’envoie aussi un communiqué à la presse locale quand la veillée a un caractère exceptionnel.

Gérer les aspects juridiques et déontologiques

Il est important d'obtenir des autorisations écrites pour l'enregistrement et la diffusion des voix et des images. Pour les mineurs, je demande toujours l'autorisation parentale. Je veille aussi au respect des personnes : aucune mise en avant contre leur volonté et possibilité de retrait des enregistrements si la personne le souhaite.

Évaluer et prolonger

Après la veillée, je prends le temps d'évaluer : retour des enseignants, des participants seniors et des enfants. J'aime organiser une restitution en classe (écouter un extrait, parler des impressions) et proposer un atelier de suite : fabrication d'un petit carnet mémoire, enregistrement d'une “carte postale sonore” envoyée aux familles, ou création d'une petite vidéo documentaire locale.

Chaque veillée est unique. Ce qui fonctionne le mieux, c'est la simplicité, la bienveillance et la préparation partagée. Si vous souhaitez que je vous accompagne pour monter une telle veillée dans votre commune, n'hésitez pas à me contacter via le formulaire du site — j'ai des fiches pratiques prêtes à l'emploi et une mallette de matériel qui facilite grandement la mise en place.