Filmer la démonstration d'un maître potier est toujours un exercice délicat : il faut rendre justice à la beauté du geste, transmettre la sensation du tournage et respecter le rythme de l'artisan, le tout dans un format court et adapté à Instagram. J'ai passé des heures à observer, filmer et monter ces moments — voici ma méthode pour capter une démonstration en 10 minutes sans trahir le geste ni l'artiste.

Préparer la rencontre et respecter l'artisan

Avant de commencer à filmer, je prends le temps de parler avec le potier. Je lui explique le format Instagram (carré, portrait, Reels), la durée visée et ce que je veux montrer. C'est essentiel pour obtenir son accord sur les plans rapprochés des mains, des tours et des textures. Un geste filmé sans autorisation peut sembler intrusif et changer la relation.

Je demande aussi s'il y a des moments à ne pas filmer (rituels, formules, clients) et je propose un plan de diffusion : mention du nom, lien vers la boutique ou les ateliers, et possibilité de revoir le montage ensemble. Cela instaure un climat de confiance et permet de garder l'authenticité du geste.

Matériel minimal et efficace

Pour un format Instagram, on n'a pas besoin d'un kit cinéma complet. Voici ce que j'emmène généralement :

  • Un smartphone récent (iPhone 12/13/14, Samsung S21/S22) — la stabilisation et la qualité sont suffisantes.
  • Un stabilisateur portable (DJI Osmo Mobile ou Zhiyun) pour des plans fluides.
  • Un micro cravate (Rode SmartLav+/BOYA) si l'artisan parle pendant la démo.
  • Un petit éclairage LED portable (Godox LEDP ou Aputure Amaran) si l'atelier est sombre.
  • Une petite housse et des chiffons pour protéger le matériel de la poussière d'argile.
  • Le choix du smartphone permet aussi de filmer en 4K si besoin, mais pour Instagram je privilégie souvent le 1080p en 30 ou 60 ips, sauf pour les gros plans où le 4K facilite le recadrage en post-prod.

    Format et cadrage : respecter le geste

    Instagram privilégie aujourd'hui le format vertical (9:16) pour les Reels et les Stories. Mais je garde aussi des plans en 4:5 (portrait) et 1:1 (carré) pour les publications classiques. Mon astuce : filmer en 16:9 (paysage) et en 9:16 (portrait) quand c'est possible, ou filmer en 4K et recadrer ensuite.

    Pour ne pas trahir le geste :

  • Je privilégie les plans serrés sur les mains et la matière plutôt que les plans larges qui dispersent l'attention.
  • J'évite les mouvements rapides et les zooms numériques pendant le tournage — ils dénaturent la fluidité du tour.
  • Je filme quelques plans larges en début et fin de séquence pour donner le contexte : l'atelier, le tour, le visage du potier.
  • Je garde des plans très rapprochés (macro) sur la terre qui tourne, le fil d'arrachage, le moment où le potier finit le col.
  • Éclairage et couleurs

    La matière de la terre se révèle avec une lumière douce et latérale. J'évite la lumière directe et crue qui écrase les reliefs. Si l'atelier est bien éclairé par la lumière du jour, je place l'artisan de côté pour créer des ombres douces qui soulignent la texture.

  • Si l'éclairage manque, j'utilise une LED portable à température de couleur réglable (entre 3200K et 5600K) et je la diffuse avec un petit softbox ou un tissu fin.
  • J'évite le flash et les lumières trop chaudes qui altèrent la couleur de l'argile.
  • Audio : capter la parole et l'ambiance

    Le son est souvent négligé, pourtant il apporte énormément : le bruit du tour, l'aspiration des mains dans la terre, les commentaires du maître potier. Si l'artisan parle, j'utilise un micro-cravate connecté au smartphone. Pour l'ambiance, j'enregistre un ou deux plans sonores libres (foley) : le tour en marche, les éclaboussures, un plan sur les outils.

    Dans le montage final, j'équilibre la parole et les bruits d'atelier pour immerger le spectateur sans le submerger.

    Structure de la séquence : ce que je filme en 10 minutes

    Voici un plan-type que j'utilise pour une capsule de 10 minutes sur le terrain. Je filme en continu mais je pense déjà au montage :

    Durée totalePlans et contenu
    0:00–0:30Plan d'introduction : extérieur de l'atelier / enseigne / plan large.
    0:30–1:30Portrait parlé du potier (micro-cravate), phrase-clé sur le geste.
    1:30–3:30Plans serrés sur les mains en préparation de la terre.
    3:30–6:00Démonstration du tournage : gros plans, plans à hauteur d'œil, plan sur le tour.
    6:00–7:30Détails de finition (fil, façonnage du col, textures).
    7:30–8:30Plan sur l'artisan qui explique une astuce ou une étape cruciale.
    8:30–10:00Plans de clôture : objet fini, mains qui essuient, numéro/contact, et plan large.

    Montage rapide pour Instagram

    Je monte directement sur mobile ou sur mon ordinateur, selon le niveau de finition souhaité. Pour un Reels, il faut être rythmé : j'opte pour un montage de 30 à 90 secondes, extrait des 10 minutes tournées. Pour un IGTV (format long), je peux aller jusqu'à 10 minutes.

  • Garder le rythme : alterner plans serrés et plans larges toutes les 2–4 secondes.
  • Ajouter des titres courts et des légendes : les gens regardent souvent sans le son. J'utilise des sous-titres pour les conseils importants.
  • Respecter la couleur : une légère correction colorimétrique suffit pour rendre la terre et la peau naturelles.
  • Inclure une call-to-action discrète : "Voir l'atelier", "Lien en bio", ou "Atelier sur réservation".
  • Rythme, intention et éthique

    Mon objectif est de transmettre l'intention derrière le geste. Je filme le silence autant que la parole, la répétition autant que la perfection. Pour ne pas "trahir" l'artisan, je refuse de monter une séquence qui transforme un geste lent et précis en performance frénétique. Le montage doit servir la vérité du travail.

    Je veille aussi à restituer l'artisan dans son environnement : ne pas flouter ou couper des éléments qui donnent du sens (outils, traces de vie, traces d'usage).

    Conseils pratiques et erreurs à éviter

  • Ne pas coller l'objectif sur les mains : laisser un peu d'air pour voir le mouvement global.
  • Ne pas forcer l'artisan à accélérer son geste pour "faire du contenu" — cela fausse la réalité.
  • Prévoir plusieurs prises de la même étape sous des angles différents pour le montage.
  • Sauvegarder immédiatement les rushes sur un disque ou dans le cloud pour éviter les pertes.
  • Enfin, pensez aux droits : obtenir une autorisation écrite de diffusion si le montage est monnayé ou partagé par des partenaires. Mentionnez toujours le nom du maître potier et, si possible, ses coordonnées — c'est une façon simple et respectueuse de valoriser son travail.